27 juin 2008

Une soirée a l'ACF

Hier soir, comme souvent depuis 3 ans j'étais à l'Aviation Club de France et la soirée fut particulièrement riche en enseignements. Tout d'abord, moi qui suis d'habitude d'un naturel plutôt réservé, je me suis un petit peu plus ouvert et j'ai discuté avec des gens que je croise depuis longtemps mais avec qui je n'avais jamais osé échanger. Parmi ces personnes, un bloggeur de l'acf qui m'a parlé de son propre blog et qui du coup m'a donné envie de raconter mes expériences pokeriennes sur la blogosphère. Après réflexion, au-delà du simple kif de la rédaction, j'espère que cette activité me permettra de faire évoluer mon jeu et de souligner mes forces et faiblesses sur certains coups-clé.

Les 3 mains dont je vais parler aujourd'hui se sont passées sur une table à 100€ avec des blinds à 2/4€.

1) Le bluff de l'early position aka "cojones bluff"


Dans ce coup je suis petite blinde avec :


Un main, je vous l'accorde, particulièrement pourrie... Dix joueurs sont a la table et la plupart, si ce n'est tous, sont des joueurs chevronnés. A ce moment de la partie, la table joue plutôt serré. Quand mon tour arrive, 5 joueurs ont limpé. Je rajoute donc 2€ pour caller en sachant très bien que je ne peux pas compter sur mes cartes pour gagner ce coup. La grosse blinde check et c'est parti.

Le flop arrive : 943 rainbow.

Parfait c'est exactement l'ouverture que j'attendais. Mon plan à ce moment-là est d'attaquer un flop inoffensif en early position en partant du principe que plus la position du joueur est mauvaise, plus on a tendance a le voir sur une main faible. C'est peut-être débile mais c'était mon idée. Nous sommes 6 dans le coup, le pot est de 24 euros. Je mise donc 24 euros. Le plan a l'air de marcher, tous les joueurs passent jusqu'au dernier joueur qui me colle. Aïe ...
Je ne me désarme pas et j'essaie de savoir ce qu'il a en main tandis que le croupier est déjà en train de poser la turn. Nombreuses sont les possibilités mais pour moi les plus probables sont les suivantes :
  • il a une paire kicker As
  • il a tirage quinte par les 2 bouts avec 56 ou A2
évidemment bien d'autres mains sont possibles, y compris toutes les horreurs du genre brelan floppé, deux paires, pocket pair ... Mais j'ai éliminé toutes ses possibilités : dans ma tête, il faut continuer ! Vamos !

Le tournant est un 7 ! Les choses deviennent compliquées. Si mon adversaire a 56, je suis perdu. Mais bon, je ne me démonte pas il reste encore les autres possibilités. Je décide donc de continuer ce jeu un peu fou et mise 40€ avant d'observer attentivement sa réaction. Il réfléchit, les yeux sur le tableau et finit par caller ! Me voila dans de beaux draps...

La river est un 10 et au moment ou elle tombe j'ai les yeux fixés sur mon adversaire et vu son comportement je sens qu'il espère beaucoup de cette riviere. Par contre, je n'arrive pas a lire si cette rivière l'arrange ou pas. Du coup j'examine les cartes (il faut faire vite car si je dois miser je dois le faire avec assurance et rapidement) et je me dis que ce 10 ne peut pas l'arranger et dans ma tête il y a de grande chance qu'il n'ait qu'au mieux une paire kicker As. Je décide alors de continuer et je remise 40€ et mon adversaire finit par se coucher. J'étais très content de mon coup et - je n'aurais jamais dû, il faudrait que je sache me retenir - je montre mes cartes tout fier ... A ne plus reproduire.

2) A not so strange fold

Autre main un peu plus tôt dans la soirée, pour la première fois de la journée j'ai AA, american airlines, "the rockets" en position de cutoff. 4 limpers avant moi. Je décide de relancer a 20€. Je veux quelques clients et je sais qu'à ce prix j'en aurai au moins 2. Mais a y réfléchir maintenant j'aurais préféré un seul client a 30 ... Comme prévu j'en chope 2, la petite blinde un joueur plutôt académique mais très malchanceux ce soir-là et notre ami blogger.

Le flop arrive KQ9. Le premier joueur mise 40, le deuxième raise a 130 et en 3 secondes je jette mes As (non sans avoir montré a mon voisin qui n'était pas en jeu que j'avais les As... Décidément il faudrait que j'arrête de faire le fanfaron à table...)

Au final les As gagnaient ce coup mais peu importe, j'avais pas mal d'arguments en faveur de ce fold. Le raise a 130 du joueur n°2 indiquait clairement qu'il était fort. Il n'aurait pas relancé avec une simple paire, surtout en sachant que je devais parler derrière et que c'était moi qui avais relancé. Au final notre ami avait Q8 mais était persuadé d'avoir Q9. Il s'est bluffé lui même et du coup je l'ai trouvé convainquant. Voila une paire d'as qui ne m'a couté que 20 euros. C'est surtout ça que j'ai apprécié. Il y a encore quelques mois l'idée de jeter cette paire d'as dans cette configuration ne m'aurait même pas effleuré.

3) L'horreur c'est mieux quand c'est nous qui la faisons

Dans ce coup je suis au bouton avec 67 dépareillés. Le meme joueur n°1 que le coup précedent relance à 22, le même joueur 2, toujours notre ami blogger call. Et moi dans l'optique de varier mon jeu, je décide de payer en sachant très bien ce que je cherche : choper une quinte, un full ou 2 paires; rien d'autre (Et encore les 2 paires je peux aussi les oublier). Je sais très bien que mes 2 adversaires sont mieux servis que moi.

Le flop arrive : 5 de carreau As de trèfle 8 de trèfle. Nous y sommes : tirage quinte par les 2 bouts, mon cœur commence a battre fort car je sais que je serai obligé de pousser pas mal de jetons a un moment ou a un autre. Le joueur n°1 check, le joueur n°2 mise 64€, je call 64€ et le joueur n°1 raise a 164€ (!!!). A ce moment de la soirée mon tapis doit s'élever a environ 600€ et c'est au joueur n°2 de parler. Après une longue réflexion, il finit par se coucher. C'est donc a mon tour de parler. Evidemment je prends mon temps pour analyser la situation, mais finalement l'ultime réflexion de ma part sera : "c'est pas la peine de rentrer avec une main marginale si c'est pour lâcher l'affaire au flop quand on trouve le tirage espéré". Je rajoute donc 100€ supplémentaires en essayant de masquer le mieux possible ce pédalage digne deMiguel Indurain gravissant les Pyrénées.

Le tournant donne un 10 de trèfle. Mon adversaire, premier de parole fait un bet pour le moins interlope; il mise 100€. C'est moins que ça surrelance précédente et le pot est déjà de 400€. Moins de la moitié du pot ! Je prends ça comme une signe de faiblesse ou simplement une manifestation de sa peur de la couleur a trèfle. Je me convainc donc rapidement qu'il n'a aucun trèfle dans la main alors que moi, j'en ai un : le 6. Le call est ici obligatoire : la côte financière de 1 /5 (100€ pour en gagner 500), les outs (9 trèfles, trois 9, trois 8 = 15 outs) qui donnaient mes chances de gagner à près de a près de 30% (ceci est un calcul a la louche si quelqu'un pouvait confirmer mathématiquement j'apprécierais), l'attitude de mon adversaire : tout m'incitait a caller. Je m'exécute donc et rajoute 100€.

La rivière est monstrueuse pour moi : 9 de trèfle. Je trouve ma quinte mais j'ai mieux : couleur avec mon 6 tout pourri. Mon adversaire dépité mise 10 euros que je call immédiatement en montrant mon 6. Il avait floppé son brelan d'as et perd ce pot contre 6 et 7 dépareillés... Dur ... Mais this is poker baby !


Conclusion : une super soirée de poker

En rentrant chez moi a 3h du matin, en plus de la satisfaction du surplus de billets dans ma poche j'avais surtout l'impression d'avoir encore évolué dans mon poker. J'avais fait des moves, des folds énormes, des erreurs aussi, et j'avais surtout beaucoup appris de mes adversaires qui font partie des plus chevronnés des habitués de l'acf.
 
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